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En l'espace de quelques jours, deux événements ont témoigné de réelles avancées démocratiques en Afrique non francophone : le départ du président du Botswana, Ian khama, et l'arrivée de Abiy Ahmed, le nouveau Premier ministre éthiopien, qui promet une ouverture politique.

Édito. Comparaison n’est pas raison, mais tout de même ! Au cours de la même semaine, deux événements ont illustré de réelles avancées démocratiques en Afrique non francophone. Au Botswana, le 31 mars, Ian Khama a pris la décision de quitter la présidence du pays, dix-huit mois avant la fin de son mandat et la tenue d’élections générales. Il se conforme ainsi à la lettre à la Constitution, qui limite à dix ans la présence au sommet de l’État. « J’étais un soldat, je n’avais aucun intérêt à entrer en politique. Et j’ai plein de projets pour l’avenir, très loin de la vie politique », a-t-il commenté. Rien d’extraordinaire pour ce pays de seulement 2,2 millions d’habitants, toujours bien placé dans les palmarès de la démocratie et de la bonne gouvernance. Mais il n’empêche : certains homologues africains de Khama, toujours prompts à jouer les prolongations au pouvoir, pourraient avantageusement s’inspirer de son exemple.

L’autre bonne nouvelle nous vient, de manière plus surprenante, d’Éthiopie, deuxième pays le plus peuplé du continent. Après trois ans de crise et de contestation politique et sociale qui ont fait de très nombreuses victimes dans les rangs des opposants, un nouveau Premier ministre a prêté serment, le 2 avril. Il se nomme Abiy Ahmed et n’est âgé que de 42 ans. Surtout, il est le premier Oromo, l’ethnie majoritaire, à occuper ce poste, la vraie tête de l’exécutif. Il succède à Hailemariam Desalegn, démissionnaire à la fin de février.

Volonté réformatrice

Ses premières déclarations illustrent son esprit d’ouverture et une louable volonté de changement dans ce pays marqué par une longue tradition d’autoritarisme. « Nous, les Éthiopiens, avons besoin de démocratie et de liberté », a-t-il déclaré dans son discours d’investiture. Dans la foulée, il a promis d’octroyer des droits nouveaux, celui « de s’exprimer et de s’organiser librement » comme celui « de prendre part au système de gouvernance ». Cela nécessitera sans doute de modifier la Constitution, qui date de 1994. Qualifiant les partis d’opposition de « frères », le nouveau Premier ministre a présenté ses excuses « à tous ceux qui ont perdu des êtres chers ».

Plus incroyable encore, il a appelé de ses vœux une réconciliation avec le frère ennemi érythréen, alors qu’un conflit oppose les deux pays depuis vingt-cinq ans. Une initiative sans précédent dans l’histoire récente, même s’il y a loin de la coupe aux lèvres et si rien ne garantit qu’Abiy Ahmed parviendra à tenir ses promesses.

L’Afrique anglophone et lusophone continue de donner des leçons de bonne gouvernance et de démocratie au reste du continent

Né d’un père musulman et d’une mère chrétienne orthodoxe, ce protestant est un pur produit du système et du régime éthiopien. Il a été député et ministre, avant de participer à la création de l’Agence éthiopienne de sécurité des réseaux d’information, véritable police du numérique chargée d’épier les citoyens et leurs activités sur le Net. C’est enfin un membre éminent du Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF), la coalition qui dirige le pays depuis des lustres. Suffisant pour douter de sa réelle volonté réformatrice ? Au contraire, estiment les spécialistes ; en Éthiopie, un changement sans heurt ne peut venir que de l’intérieur même du régime. Reste que le Premier ministre aura fort à faire avec la vieille garde du parti, qui contrôle l’armée et se montre réfractaire au changement. Il pourra, en revanche, s’appuyer sur sa popularité.

Après la Sierra Leone (élection de l’opposant Julius Maada Bio, ce 4 avril), l’Angola (départ de dos Santos), le Zimbabwe (éviction de Mugabe), le Nigeria et le Ghana (alternance), la Gambie (défaite de Jammeh), le Liberia (élection de George Weah) et l’Afrique du Sud (éviction de Zuma et ouverture d’une procédure judiciaire), l’Afrique anglophone et lusophone continue de donner des leçons de bonne gouvernance et de démocratie au reste du continent. Le constat est d’ailleurs identique s’agissant du dynamisme économique. Personne ne peut croire que c’est là le fruit du hasard.

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