Ce jour-là : le 13 février 1960, la France effectue son premier essai nucléaire à Hamoudia

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Il y a soixante-huit ans, la France essayait son premier prototype de bombe nucléaire dans le Sahara algérien. La première d'une longue série, de 1960 à 1966. Des tests atomiques aux conséquences désastreuses, toujours peu reconnues par les autorités françaises.

Située à 700 kilomètres au sud de Béchar, la région saharienne du Tanezrouft n’est pas un endroit particulièrement hospitalier. La population, en tout cas, y est rare. C’est pour cette raison que les Français ont choisi de réaliser leur premier essai nucléaire le 13 février 1960 à Hamoudia, à une cinquantaine de kilomètres de l’oasis algérienne de Reggane. La bombe, dont les divers éléments ont été acheminés par avion, a été placée au sommet d’une tour métallique.

Parmi les personnalités présentes figurent notamment les généraux Charles Ailleret, chef du Commandement interarmées des armées spéciales, et Albert Buchalet, considéré comme le « père » de la bombe atomique française. Le gouvernement est représenté par Pierre Messmer, tout nouveau ministre des Armées, auquel s’est joint son prédécesseur, Pierre Guillaumat.

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In Ekker (Algérie), en 1981 © iJuliAn/Flickr

Transmise par un câble coaxial à partir d’un poste de commandement avancé, la mise à feu est ordonnée à 7 heures du matin. Selon le physicien Yves Rocard, l’un des scientifiques qui assiste à l’expérience, l’explosion se produit « à 100 mètres d’altitude, la moitié supérieure de la boule de feu orientée vers l’air libre et la moitié inférieure vers le sol tout proche ».

La puissance de l’explosion, baptisée « Gerboise bleue », atteint 70 kilotonnes de TNT, soit plus de trois fois celle de la bombe larguée par les Américains sur Hiroshima.

Rivaliser avec les deux grandes puissances

Le président français Charles de Gaulle réalise ainsi l’un de ses rêves les plus chers : disposer, à l’instar des deux grandes puissances de l’époque, les États-Unis et l’Union soviétique, de la force nucléaire.

Dès octobre 1945, deux mois seulement après Hiroshima, l’ancien chef de la France libre, alors président du gouvernement provisoire, avait créé le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), lui donnant pour mission d’entreprendre « des recherches dans les domaines de la science, de l’industrie et de la défense nationale ».

Dès son retour au pouvoir, en juin 1958, de Gaulle s’emploie à donner un essor décisif au projet

Il fallut toutefois attendre 1954 pour que, sous l’impulsion du président du Conseil Pierre Mendès France, un véritable programme militaire soit mis en place. Moins de quatre ans plus tard, en avril 1958, ce programme était suffisamment avancé pour que le chef du gouvernement de l’époque, Félix Gaillard, puisse fixer la date des premières explosions nucléaires au premier trimestre 1960.

Dès son retour au pouvoir, en juin 1958, de Gaulle s’emploie à donner un essor décisif au projet. La France ne disposant jusqu’alors que de plutonium comme explosif nucléaire, la construction d’une usine d’uranium très enrichi est lancée. Bientôt seront également engagés la fabrication d’avions bombardiers Mirage IV, la réalisation d’un prototype de moteur de sous-marin nucléaire, ainsi que le développement de missiles sol-sol balistiques de portée stratégique.

Le premier d’une longue liste

Après « Gerboise bleue », quatre autres tirs seront effectués à Reggane entre avril 1960 et avril 1961. Face à l’ampleur des retombées radioactives – mesurées jusqu’à Abidjan et Khartoum -, la France doit abandonner les expérimentations aériennes au profit d’essais souterrains.

Le site retenu est situé dans le Hoggar, près de In Ekker, à quelque 150 kilomètres au nord de Tamanrasset. De novembre 1961 à février 1966, il sera procédé à treize tirs dans des galeries creusées horizontalement dans la montagne.

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Non sans quelques gros ratés, notamment le 1er mai 1962, lorsqu’un important nuage radioactif s’échappe des galeries. Comme de coutume, l’autorité militaire s’évertue à minimiser la gravité de l’incident.

Au revoir l’Algérie, bonjour le Pacifique

La France, quoi qu’il en soit, devait plier bagage. Les accords d’Évian qui ont conduit à l’indépendance de l’Algérie, le 5 juillet 1962, prévoyaient que l’ancienne puissance coloniale cesserait ses expériences au Sahara dans les cinq ans.

Elle reporta son dispositif sur ses territoires du Pacifique. Le premier essai nucléaire – aérien – sur l’atoll de Mururoa eut lieu le 2 juillet 1966. Il fut le premier d’une longue série à laquelle le Premier ministre socialiste Pierre Bérégovoy mis fin en 1993. A son arrivée à l’Élysée, Jacques Chirac a relancé les essais nucléaires, en 1995, déclenchant une forte mobilisation au sein de l’opinion publique, française et internationale, le contraignant finalement à suspendre définitivement ces essais en janvier 1996.

Ainsi, en trente-six ans, la France aura effectué un total de 210 essais, dont 45 atmosphériques. Elle s’est toujours refusée à en reconnaître les effets sanitaires sur les populations des régions concernées, malgré de nombreuses preuves accablantes.

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